Citron sur canapé

mardi 28 janvier 2014

Et regardent mes pieds qui calmeraient la mer

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Pourtant ébranlé mon corps, émietté mon cœur, giflé mon visage, je crois bien ne plus avoir pleuré. J’ai absorbé les commotions, du mieux que j’ai pu, le regard cotonneux, le ventre caverneux.

Puis elle est partie et puis j’ai pleuré.

Elle y a réussi, à faire couler les larmes qui avaient déserté mes joues depuis la naissance d’Ange.

Des fourmis rampent sous mon cœur engourdi. Peu à peu, je retrouve des sensations. J’ai froid. Et la tristesse, le manque, la solitude, la frustration, un peu la colère aussi.

Grâce à elle, je me souviens que je suis vivante, et que j’ai le droit d’avoir mal.

Et ça coule, et ça coule. A fleur de peau, c’est tout nouveau.

Je dois accepter, de fermer la parenthèse de cette année pendant laquelle j’ai fait semblant de croire qu’elle allait rester toute sa vie ici, près de nous.

(A bientôt, ma reine.)

En dehors du départ de ma sœur, je me sens blessée trop souvent par l’homme que j’aime, je me sens engloutie, terrassée, envahie, noyée par ma mère, et je me dis qu’il faudrait que je me relève, sans l’aide de personne. Que ce serait marrant, un jour, comme ça, de me mettre à croire en moi.

 En attendant j’attends qu'il me dise que je suis jolie et je guette dans les yeux de mon fils mon reflet de maman.

Posté par Jean Francis à 23:37 - Commentaires [1] - Permalien [#]

dimanche 3 novembre 2013

Acercate, salvador de mi vida

Les mots se bousculent dans ma tête. Bien peu franchissent ma bouche, presque tous s’entassent dans mon cœur. Il y a entre nous une telle évidence qu’il m’est devenu de moins en moins nécessaire d’exprimer ce que je ressens pour lui.

Je regarde les gens que j’aime réunis autour de lui. Tous ont vu leur vie bouleversée par la naissance d’Ange. Chacun à leur façon, ils l’accompagnent. Mon amour pour lui suffit à me combler bien sûr, mais celui que les autres lui portent me fascine et m’enchante.

Les vannes sont ouvertes. Mon fils a un an et je suis en larmes. Pas des sanglots tristes non, juste le contrecoup. J’ai encore du mal à prendre conscience que je suis maman, que je suis sa maman, et déjà il faut que je me mette dans le crâne qu’il a un an.

Je ne trouve pas que tout est allé trop vite, j’ai profité de chaque moment avec lui. Je lui ai donné, et je lui donne encore, tout mon temps, toute mon attention. Je ne regrette pas spécialement ses premiers mois, je les ai trouvé sereins et fabuleux mais chaque stade qu’il franchit est extraordinaire. Même s’ils sont plus agités !

Ce sont des larmes d’étonnement, de fierté et bon d’accord, un peu de nostalgie. Ce sont des larmes de faiblesse, de peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être une assez bonne maman pour un enfant si exceptionnel.

Il a fait pousser des cheveux blancs sur ma tête, à 25 ans ouais. Il a réveillé certaines douleurs en moi mais fait naître un bonheur incommensurable, une force que je n’aurais jamais soupçonnée et un amour infini, démesuré, inconditionnel.

Je suis fière de lui et le coeur gonflé d'amour, je lui dis merci d'avoir, le trois novembre deux mille douze à vingt-deux heures douze, changé ma vie.

Jamais je n'aurais pensé être émue à ce point par un vol d'oiseaux. Les étourneaux sont les mêmes, tu sais. Lève les yeux, ils t'accompagnent.

 

 

(ouais ouais copyright la photo Pauline <3)

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jeudi 27 juin 2013

Fandango

C’est si simple.

Mon bébé fait mine de se réveiller de la sieste, son père et moi on se retrouve devant son lit à le regarder, toujours, et à pas en croire nos yeux, toujours pas, sept mois et quatorze jours après. Il se rendort et on a l’air un peu con, les bras ballants. Alors on s’enlace.

J’en ai passé, j’en passe encore, des nuits blanches, des réveils éreintants, « c’est les dents », « la crise des huit mois », « ça va passer », « c’est parce qu’il a perdu son rythme de sommeil ». Rien de tout ça, tout à la fois. Mon bébé koala, mon bébé pègue, mon arapède me tend les bras, s’accroche à ma jambe, s’installe sur mes pieds, se niche dans mon cou.

Jamais je ne me suis sentie aussi puissamment femme. Je connais mon corps, je m’y sens bien, je le contrôle. Je ne m’attendais pas à ce que devenir mère me permette de me sentir si solide de l’intérieur. Ca doit être ça l’épanouissement, le fameux. Ca me dégoûte d’entrer dans de tels clichés mais oui, Ange m’a rendue à moi.

Je monte la pente qui mène à l’auditorium du Palais du Pharo, et je tombe sur la plus belle vue de Marseille, de l’Estaque à Notre-Dame de la Garde (Je t’arrête tout de suite : personne ne l’appelle La Bonne Mère ici). Quelqu’un m’interpelle : « Mademoiselle, vous vous trompez, c’est à droite ». Je sourie, balbutie un merci et me demande comment cette personne sait mieux que moi où je dois aller. Je prends ça pour un signe.

Un pique-nique sur l’herbe verte, sous le ciel bleu, le nez à la brise. Des tommettes partout, l’attaque des hannetons qui fait pleurer ma mère de rire. Et l’été. Mon bébé dans les bras en sortant du musée, il y a tant de vent que la poussette s’envole, et pour une fois, je ris.

Chez le psy, ma mère, moi et vers Ange convergent tous les regards. Il met plein de trucs dégueus à la bouche et je m’en fous. Il tend les bras à sa grand-mère, le soubresaut de mon coeur, le psy sourit. Tout va bien. Elle a eu vingt ans le soir de la musique, le soir de l'été. Le rire du père de mon fils résonne dans mes oreilles. Et je suis si heureuse que j’ai envie de pleurer. Grâce à Dieu, tout va bien.

 

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vendredi 7 juin 2013

Autour des amandiers fleurissent les mondes en sourdine

C’est comme si je me réveillais d’un sommeil cotonneux. J’ouvre mes yeux bouffis dans un demi-sourire, celui qu’on a aux lèvres quand on a fait un joli rêve, et je regarde autour de moi. Les gens qui s’agitent, le matin qui se lève, les saisons qui défilent. C’est comme si je découvrais soudain –révélation- qu’on n’est plus tout seuls, qu’il y a de la vie allogène autour de nous deux, de notre cocon, de nos nombrils. Je croyais que ça durerait toujours, moi, cette envie de rien sauf mon bébé tout contre ma peau, cette langueur délicieuse, ces journées interminables, faites de danse, de balades, de câlins, de siestes, de tendresse, et même de rien, mais de rien avec lui, près de lui, tout contre lui.

Ma ville est enfin comme je l’aime, léthargique, le soleil au zénith. La touffeur impose la paresse. Cette silhouette à contre-jour que je croise, un survêt, des tongs Fila, une main qui se gratte les couilles. Ca me fait sourire, c’est tellement ça. Les parties de foot sur le petit stade près de chez moi, les voitures qu’on répare après la sieste, torses nus, casquette sur la tête et du cambouis plein les mains. Dans sa torpeur, Marseille reprend vie. Et moi j’émerge.

Je me rends compte de la présence des autres, pile au moment où mon bébé se rend compte de la mienne. Il me tend les bras, s’arcboute dans ceux de son père ou de sa grand-mère quand il m’aperçoit, pleure quand je m’en vais, me sourit quand j’arrive. Il m’aime.

Et moi je suis là tu sais, pas trop loin mais plus trop près. Je te regarde t’éloigner de moi à quatre pattes, et je me dis que si tu sais aussi bien cavalcader, c’est parce que je t’ai posé par terre plutôt que de te garder aux bras. Tu te cognes la tête contre le carrelage, et j’accours pour te serrer contre moi, pour enlever ta peine et ta douleur, pour te consoler tant que tes larmes couleront et que tu auras besoin de moi. Et je t’observe grandir, ivre de fierté. Le lien entre nos deux nombrils est toujours là, il est juste un peu plus élastique.

Alors je pense à moi. A mon métier, que j’avais oublié. A ces idées que je n’aurais jamais pensé avoir. Le monde a beaucoup tourné depuis que je m’en suis désintéressée mais je crois que je saurai le rattraper.

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jeudi 16 mai 2013

Sache que ce cœur exsangue pourrait un jour s'arrêter

Si je disparaissais maintenant, tu n'aurais aucun souvenir de moi. Aucun souvenir de ta mère.

Tu continuerais à vivre, avec peut-être au fond du coeur, plus tard, un trou béant. Le manque du parent, le manque d'une mère mais pas de la tienne, pas de moi. Et tu ne saurais rien du sommeil partagé pendant de si longs mois, et encore parfois pendant les siestes, partagé étant un bien grand mot, le mien se résumant souvent, alors que j'ai tant sommeil, à capter la moindre de tes mimiques endormies, à sourire de ta bouche qui tète dans le vide, à renifler tes cheveux collés par la transpiration, la mienne, la tienne, à caresser la marque de mon soutien-gorge sur ta joue quand tu tournes la tête vers moi, à lisser ton sourcil embroussaillé. Tu ne te souviendrais pas, d'ailleurs sûrement les as-tu déjà oubliés, des neuf mois en moi, nos deux corps en un réunis, mes mains qui te cherchent, et le bruit de mon coeur, que tu es bien le seul à connaître de l'intérieur. 

Moi pour toujours je me souviendrai de ces tétées goulues, de tes soupirs de satisfaction gourmande qui changent de tonalité au fil des mois puis de ces siestes repues. Et de ces sourires, mon Dieu, tes sourires, qui balaient la moindre larme à peine esquissés, les yeux encore fermés mais déjà, avant de jeter ton premier regard de la journée sur le monde, tu es heureux, mon fils gracieux, mon fils radieux, mon fils aimé.

Je veux que tu saches toute la force de mon amour, que tu n'oublies jamais à quel point ta chair est reliée à la mienne et comme mon pouls bat au rythme du tien. Et l'étrange sentiment d'être divisée en deux, tu me complètes absolument. J'ai pris la mesure de tout le bien que tu pouvais me faire le jour où tu as vraiment posé les yeux sur moi. Tu devais avoir quelques jours, quelques semaines peut-être et je me suis dit "bordel, jamais on ne m'avait regardée comme ça, et jamais on ne me regardera de plus belle façon". Je ne me rends pas encore trop compte de ce que je peux représenter pour toi, mais Dieu si tu savais à quel point tu es mon monde, et que le reste peut bien se catastropher, tant que je peux sentir, respirer, ou entendre ton souffle, tant que ton nombril est près du mien, tant que ta main s'aggripe à mon sein.

Tu ne sauras sans doute jamais qu'à cet instant précis, tu as six mois et treize jours, tu es sur mes genoux, les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur, tu regardes sans les voir ces lignes d'amour que j'écris pour toi, pour moi, pour nous. Tu sais, tous ces instants-là, mon amour, ma vie, et tous ceux qu'il nous reste à vivre, tu sais, tu sauras, n'oublie pas. 

Posté par Jean Francis à 13:21 - Commentaires [12] - Permalien [#]