Je viens d’apprendre que tu es là, juste au creux de mon ventre. Je crois que j’ai eu envie de te parler avant même que tu n’arrives. Je me sens un peu seule, dans ce grand aéroport. J’ai envie de hurler « Je vais avoir un bébé ! ». Je voudrais que tout le monde devine ta présence et vienne me féliciter.

J’ai fait le test à 7h. Je l’ai acheté hier, sans trop y croire. Je voulais simplement vérifier, avant de prendre les médicaments contre le paludisme. Et puis surprise, la deuxième barre est apparue tout de suite. J’ai rigolé, un peu naïvement. J’ai tremblé, nerveusement. C’est positif, c’est positif, que je me suis répétée, moi qui n’ai jamais rien gagné ! J’ai décroché le gros lot, une vie, un être humain, un petit bébé, une cacahouette, une surprise si délicieuse. Un passeport pour une autre dimension.

J’étais dans la salle de bain, je me suis forcée à faire autre chose, à laisser s’écouler les cinq minutes règlementaires. J’ai appelé un taxi. Et puis à 7h04, je savais que la barre ne disparaîtrait pas, j’ai appelé ton papa. Ton papa. Ton papa. Ton papa. 

J’ai dû insister, je me suis dit et s’il ne répond pas je vais garder ça pour moi toute seule ! La deuxième fois, il a décroché. Une voix embrumée, agacée « Quelle heure il est ? », il m’a fait, grognon. Je suis enceinte. « Quoi ? » Je suis enceinte. Alors il s’est radouci « C’est vrai ? » Oui. Oui. Oui. Je suis enceinte. Le bras qui tenait le téléphone tremblait si fort. Mes jambes me lâchaient. Qu’est-ce qu’on a fait ? « Trop bien », il a dit timidement. Mais il le pensait. « Trop bien », il a répété. « Comment on va faire ? » Alors là….

C’est une autre histoire. J’ai un peu pleuré, mais les larmes ne sont même pas sorties je crois. J’ai regardé dans le miroir. Rien. Mais je savais bien que quelque chose clochait. C’était toi ! 

J’essaie de mettre des mots, pour prendre conscience. Accroche toi bien, petit être.