Ce fut un doux premier trimestre avec lui. Avec eux. Bon, si l’on oublie les nausées, euphémisme pour « gueule de bois à plein temps qui te déglingue des cheveux aux orteils ». Et les sciatiques. J’ai eu envie de radis, de fondue savoyarde, et oh mon Dieu, de saucisson. Mais non. C’est drôle de penser qu’il prend forme peu à peu, pendant que je continue ma vie. Et qu’il nous modèle aussi. Qu’il nous établit papa et maman, faites vous à l’idée bientôt j’arrive. Alors on s’y fait, on apprivoise les mots déjà, tout doucement. Certains nous font encore frissonner et grimacer de surprise et de bonheur « notre fils », « famille ». Prendre conscience aussi, que quelqu’un plus que quelque chose nous lie à tout jamais. Quoi qu’il arrive. S. prend bien conscience maintenant. Il s’est intronisé chef de famille et est conscient de ses responsabilités. On est loin du « ça va, tu vas pas tout mettre sur le compte de la grossesse » des débuts. Même si je fais encore la vaisselle et le ménage, faut pas déconner non plus. Il voit mon ventre s’arrondir, se familiarise avec lui, lui parle, le touche. Il font connaissance tous les deux.

Et l’on se ballade dans Paris pluvieux, au Père Lachaise pour une journée glauque inachevée, à prendre des photos, râler parce que je mets trop de temps, et se tromper dans l’itinéraire pour Edith Piaf. Apprendre qu’Eugène Pottier a écrit l’Internationale, suivre des guides les mains derrière le dos et le nez en l’air. Rigoler de tant d’audace et inventer que Bruce Lee est enterré ici. Se régaler de nichons, de falabellas, de serpents et de bizarreries en tous genres au Moulin Rouge, apprécier les pitreries de Figaro et aimer le jeu des Comédiens Français. Tout ça dans le désordre. S’aimer plus fort, se comprendre, se compléter, faire l’amour le cœur battant et s’endormir nus sa main sur mon ventre.