Je viens de regarder les vidéos sur lesquelles tu chantes, vers 2008/2009. Ca me prend quelques fois, tu le sais. Et ça me renvoie en plein coeur les sentiments que j'éprouvais alors (j'en éprouve encore certains maintenant, bien sûr). La passion si violente pour toi, le désir dès que tu commences à chanter, la douleur de me douter que je suis pas la seule, la chute sans fin quand je l'apprends. Le doute, comment cet homme que j'aime si fort, si doux, peut-il m'avoir fait ça ? Bref. Je sais que t'aimes pas en parler. Et je sais même pas pourquoi je t'écris. Peut-être parce que j'ai l'habitude de tout partager avec toi et que là, cette vague d'émotions puissantes, contradictoires et emmêlées me submerge. Et je lutte pour ne pas éclater en sanglots devant tout le monde. Peut-être aussi parce qu'on ne s'écrit plus beaucoup. C’est dommage, les déclarations d'amour sont toujours nécessaires. On sait tous les deux qu'on est liés à vie, maintenant, quoi qu'il se passe. Ca m'impressionne et je ne me rends pas vraiment compte. Je vais essayer de lutter contre la routine, j’espère que tu lutteras avec moi.

Je crois qu'en 4 ans je ne t'ai toujours pas bien cerné. Bien sûr je te connais. Mais je n'ai pas toujours d'explications à certaines de tes attitudes, et je me trouve parfois démunie face à tes réactions. Tant mieux, peut-être. Mais ça me fait peur, je ne sais pas vraiment de quoi tu es capable ou non. Et j’ai le sentiment aussi que toi non plus tu ne me connais pas si bien. On se comprend tellement mal.

Je voudrais pouvoir pleurer, ça me soulagerait. Pas de tristesse, juste de mélancolie. Tu vois, à l’époque de ces vidéos, j'étais à la fois très très malheureuse, mais aussi très très amoureuse. Je ne le suis pas moins maintenant, je le suis de façon plus terre à terre. Et ça me désole un peu. C'est normal, la passion ardente se transforme en habitude. Mais je retrouve ce feu dans le ventre quand tu chantes et ça me rassure, de savoir que quelque part en moi, elle est nichée. Malgré tout. De savoir qu'il suffit que je t'entende pour qu’elle ressurgisse. Je voudrais juste que cette passion ne soit plus associée à la douleur. Il reste encore du chemin.

Ne prends surtout pas mal ce mot, il n’y avait pas du tout d’intention de ma part. Quand je t’ai écrit, je ne savais pas quoi. Un mot d’amour, teinté d’une pointe douloureuse. Encore. Toujours, je crois. Mais plus trop de rancune.

Je porte ton enfant. Ca me rend heureuse. Tellement. Peureuse aussi. Impressionnée. Ca a commencé comme un fantasme. Celui où comme tu disais, j’étais enceinte tous les mois. L’histoire de Pierre et le loup, et puis pouf ! un jour, c’est vrai. Frustrée, de ne pas pouvoir tout partager avec toi, je voudrais que tu saches ce qui se passe dans ma tête et dans mon corps. Les moments où ça va pas, parce que je prends en pleine face tout ce que je n’ai pas réglé avant. Les moments où je plane de bonheur, parce que c’est lui qui me réveille. Ces moments-là, si précieux, où je touche plus terre, où j’aime tout le monde, où la vie est si belle, où j’ai envie de pleurer (encore !) de joie parce que je comprends que ma vie ne sera plus jamais la même, parce que personne ne pourra m’atteindre tant que mon fils est heureux. Je voudrais que tu saches que je suis en train de devenir invincible pour nous trois et je voudrais que tu sois fier de moi. Nous sommes en train de fabriquer un petit être humain, qui deviendra grand. Qu’il aura un peu de toi, un peu de moi et beaucoup de lui-tout-seul. Qu’il sera quelqu’un de bien. Que je serai fière de lui, de toi, de moi de nous. Et que tu seras un papa formidable. Je t’aime.