« On ne se sent plus jamais seule ». La mère de S. m’avait prévenue. Je deviens complètement « chamallow ». Complètement accro aux moments que l’on passe tous les deux. Au cinéma pour « Moonrise Kingdom », à manger des pop-corn sucrés, tu tambourinais, mon amour. Et moi je pleurais de joie. Je riais seule, je voulais fuguer avec un scout et jeter des pop-corns sur des enfants pas sages. Et cette autre fois, toujours au cinéma avec S. (encore trop de mal à dire « ton père ») où je ne te sentais pas. J’en aurais crevé. Il a posé la main sur mon ventre et tu as daigné t’exprimer. Il a senti. Comme pour dire, je suis vivant, le film est bidon, lâchez-moi la grappe et laissez-moi me rendormir. Et le concert génialissime de Bebe, où l’on t’imaginait danser dans ton liquide amniotique. J’en ai ri aux larmes.

C’est drôle je m’étais jurée ne jamais écrire en m’adressant à toi, poussière de l’univers dans mon ventre. Ne pas être niaise, jamais de gnangnan. Je me demande où est passé mon cynisme, j’en avais tout un stock. Mais à qui d’autre pourrais-je bien m’adresser ? C’est tellement une évidence. On partage le même corps. C’est toi. Toi, je le sens. Toi que j’aime. Toi, toi, toi. Pas l’idée d’avoir un enfant, pas le goût d’être enceinte. C’est toi. C’est si clair. C’est toi que je sens dans un demi-sommeil. Sans m’éveiller je me mets sur le dos et pose ma main sur mon ventre. De sorte que lorsque S. se retourne, il nous voit tous deux câlinant sans même s’en rendre compte. Et le sans-cœur ne peut faire autrement que se blottir dans mon cou et y déposer un baiser, cependant que ses doigts effleurent les miens. « Tu sens le bébé ». Et toi tu piques.