Tant de définitions. « Ecrire, c’est vider son sac », François Mitterrand. « C’est presque toujours mentir », Jules Renard. Plus contradictoires les unes que les autres. « Ecrire enchaîne », Paul Valery.

C’est un appel aux mots. Ecrivez-moi. Et l’on en reçoit, des mots fragiles, timides, ou carrément grivois, des mots qui font que l’on se souvient qu’on est un couple, que l’on a un corps, et qu’il brûle pour toi. Toi et moi. Comment tu dis ? Foweveuh.

Parce que sinon quoi ? Garder tant de maux à l’intérieur que l’on explose et l’on se retrouve avec des bouts d’âme disséminés un peu partout autour de nous. C’est écrire sinon c’est crever. C’est se retrouver, ou plus exactement c’est ne pas se perdre. Ou bien essayer de comprendre, ou s’inventer un soi, tant qu’à faire.

C’est se souvenir. C’est jouir. C’est se procurer du plaisir à se relire. C’est se masturber un peu. Narcissique sur les bords, sale, un brin vicelard. C’est aussi en lire d’autres, et se sentir tout petit.

Et c’est donner, pas par pure générosité, au contraire, écrire, c’est tellement égoïste. C’est se soulager. Tiens voilà, ça ne m’appartient plus, ce ne sont plus mes sentiments, ils ne me font plus de mal maintenant que c’est toi qui les as entre tes mains, fais-en ce que tu veux, moi je m’en balaie derrière l’oreille. Ecrire, c’est inventer des expressions improbables.

C’est un mot au bas des reins, juste un, qui pourrait résumer tellement de choses, peut-être les efforts de toute une vie pour lui ressembler, pour le suivre, mais Dieu que je suis faible, j’y arriverai jamais.

C’est s’introniser chef de ses doigts et les laisser aller sur le clavier. Tic tic tic tac tic tac dans la nuit. Elle dort. C’est choisir d’être clair ou abscons, précis ou flou, pudique ou exhibo. C’est pouvoir choisir d’écrire « abrouti », « noergie », « galoche » ou même « bite ». Va les caser dans une conversation, beaucoup plus dur. Alors qu’ici, ces quatre-là vont tellement bien ensemble.

Ca naît d’un déclic, un souffle, un grain de phrase, quelques mots accolés, un frisson, une pulsion et roule ma poule. Quelques secondes, et c’est trop tard. Tellement de mots perdus.

Il est 5h57. La chaleur et une douce conversation m’ont réveillée puis tenue éveillée jusqu’à présent. Je crois que je deviens vieille.

Ecrire, c’est aussi prendre des photos avec son iPhone pour illustrer ses mots, parce que tu comprends, le Reflex est trop encombrant, et Instagram est plus facile d’utilisation que Photoshop. C’est imaginer ce que l’on pourrait raconter de ce moment-là, pour le rendre encore plus beau. Comment transformer une balade avec sa sœur et trois drôles de chiens dans la pinède en incroyable aventure.

Ecrire, c’est bien loin de délivrer, croyance prétentieuse, ah ça non, t’es paumé tu restes paumé, ta peine tu te la gardes. Ecrire, en somme, je crois que c’est juste essayer de rendre sa vie plus jolie.