Il y a eu la route épuisante, les Guns à fond et la voix cassée, les virages noueux et ma grossièreté. Il y a eu les retrouvailles avec mon amoureux, enfin, à Ajaccio. Encore les heures de route, toujours les Guns, mais avec lui. Un arrêt à Corte, dormir chez Mémé, sur le matelas dur comme du bois mais le sommeil lourd comme le plomb. Une salade engloutie dans la voiture, exploit. Des Dinosaurus donnés en becquée. La route, en montée, qui s’ouvre sur la mer près d’Ile-Rousse, l’impression délicieuse qu’on va y plonger. Mais le virage, au dernier moment. La plage, le port, Calvi, de vieilles connaissances. Il y a eu ma tête sur son épaule et ma sieste de quelques minutes, quand sa voix me parvient de loin comme quand j’étais petite et que je m’endormais sur les genoux de ma mère. Cette sensation de sécurité, se dire qu’il sera toujours là. Rester zen et se taire, tourner le dos ou fermer les yeux, se raisonner. Jalousie.

Il y a eu des amies, un dîner, un drôle de quiproquo, une copine perdue dans un aéroport. Il y a eu de la drague, encore.

Il y a eu une journée sur la plage bondée. De la musique à fond, du rosé à gogo, la night à 15 heures. Dire « pardon, pardon », et bousculer un peu les gens déjà ivres avec mon gros bide pour accéder à la mer. Se sentir marginale, s’amuser de leurs regards. Voler une casquette, un bracelet et boire beaucoup d’eau.

Il y a eu des expéditions commandos dans la cuisine avec S., quand sa mère est au lit, pour se goinfrer de gâteaux. Pleurer devant des reportages d’NRJ 12. L’entendre m’appeler « Uhu », rapport à ma tendance arapède. Jouer au rami en l’attendant. Gagner.

Il y eu la peur de la séparation « et si jamais ça nous arrivait ? », l’angoisse de faire vivre à mon petit ce que j’ai vécu, tiraillée entre deux parents qui ont sans doute oublié qu’un jour dans un lit ils se sont aimés. Se jurer qu’il n’y aurait pas de tribunal, pas de jugement, pas de « 1er, 3e et 5e week-end du mois et la moitié des vacances scolaires ».

Et une soirée magique. Flâner à Bastia. Rouler dans le Cap, savourer la vue, toutes les nuances de bleus qui tiraient là vers le gris. La mer presque blanche. Centuri, son coucher de soleil à couper le souffle. Un pèlerinage chez Sker. Se dire que la vie est si belle, si belle. Les langoustes délicieuses, une serveuse bavarde, une addition salée. Et prendre pour le retour la petite route sombre et à pic qui me faisait peur. Discuter, et se sentir bien. Ecouter Boris Vian, et se défendre d’être snob. Il y eu trois sangliers et un marcassin, se sentir tout excitée et vraiment chanceuse. Et puis s’arrêter sur le bord de la route, apprécier les bruits de la nuit lorsqu’il fait noir comme derrière mes paupières et surtout ce ciel stupéfiant, les larmes aux yeux, repue de tant de beauté.