Je voulais me souvenir de tout, de tous ces instants de bonheur. « C’est décidé, à partir de maintenant j’écris tout, je les écris tous ». Je me retrouve donc, vendredi 3 août, avec une seule demi-page datée du 16 juillet. Bon. J’ai hâte, quand même, de relire ces mots, rédigés de mon écriture un peu bizarre, qui mélange capitales et minuscules. Ces mots qui ont mérité d’être couchés sur ce joli Moleskine à petits carreaux, cadeau d’un charmant photographe. Je me souviens des moments décrits là. Et puis d’autres, bien sûr.

J’ai vu S. apprécier le soleil et prendre enfin des couleurs. Lui qu’on surnommait « la méduse », lorsqu’il ne sortait de chez lui que la nuit pour travailler, et que son corps mariait à merveille le dégradé violacé de ses cernes à la transparence de sa peau. Jamais je ne me suis sentie plus proche de lui. L’impression, enfin mon Dieu, qu’il m’est accessible, qu’ensemble nous formons un tout. Et le besoin de lui qui se fait violent quand je suis loin. Quelques fois nous réussissons à nous coucher tôt. Alors nous parlons pendant des heures et des heures, de bébé citron, de nous deux, et je trouve ça formidable, et je voudrais que jamais nous ne nous endormions.

A peine arrivés à la plage, le rituel est le même. Il se déshabille et me tend son corps. Alors je le tartine minutieusement de crème solaire, son dos d’abord, son torse, ses bras, ses jambes, pour finir par son visage. Partout partout, et j’aime ce contact de mes mains sur sa peau, j’aime le sentir et j’aime qu’il aime que je le touche, lui si difficilement tactile. Puis vient mon tour.  

J’ai si mal au dos. Quand je quémande un massage à S., il est pris d’une soudaine pulsion de parler à son fils. Peut pas faire tout à la fois, vous comprenez. Alors nager, c’est encore mieux qu’une séance chez l’ostéopathe. Je suis si libre et j’aimerais être toute nue. Trébucher sur les galets brûlants et instables, entrer dans l’eau rapidement, il fait chaud dehors. Immerger ma tête, faire quelques mètres sous l’eau. Puis revenir à la verticale et m’apercevoir que je n’ai plus pieds. La mer me porte, je peux me noyer, oui, je nage si mal, mais qu’est-ce que c’est bon. Je ne pèse plus rien du tout. Et si je savais faire la planche, je verrais peut-être mon ventre dépasser de la surface. Quand je sors, la gravité reprend ses droits et mon fils se fait un plaisir de peser à nouveau de tout son poids.

Adoucie. Convaincue. De son amour, de sa fidélité. Je n’ai presque plus peur. Des discussions. Beaucoup de compréhension. Murie, plus trop jalousie. Bon, et modeste aussi. Quelques vagues de fureur se fracassent parfois à l’intérieur de moi. Mais elles sont de plus en plus rares.

J’ai appris à découvrir la position de bébé citron. J’ai senti son pied là, juste au dessus de mon nombril. J’ai appuyé sur la bosse qu’il a formée, son pied est parti, puis revenu. Ca m’a fait rire et un peu pleurer.

Tout le monde attend son arrivée, chacun à sa façon, et moi-même je réfrène ce que j’appelle mes bouffées d’impatience.

 

J’ai eu beaucoup de mal à écrire.