Bonifacio, loin de tout. Un bout de Corse ignoré. Tous les deux, comme à New-York. Peu importent les kilomètres, finalement. Et la grotte somptueuse où l’eau est si claire que l’on croit voler. Le port bien caché par les roches calcaires, le petit phare rouge à l’entrée, le grand grand yacht. Le touriste à la voix gutturale, en poupe. Les falaises, et une conviction « On n’achètera pas ici, trop dangereux ». Et l’envie furieuse d’acheter un bateau – bon, un petit Zodiak – parce que se baigner dans la mer, d’accord mais uniquement au large et si elle est turquoise. Nous imaginer tous les trois au large, dans la mer turquoise, donc. Le regard intrigué d’une petite fille qui s’attarde sur mon ventre.

Porto-Vecchio, le restaurant, les amis, et un bébé si sage ça existe ?  « On veut le même » à l’unisson. Ces bouffées d’impatience, toujours. Comment sera le mien ? M’imaginer gaga. L’être un peu déjà. Entrapercevoir ce fil invisible entre une mère et son fils. Se dire que la mère là, c’est moi. Poum, en pleine figure.

La musique, la fumée de cigarettes, des sourires, trois guitares et une très bonne soirée.

Le mal de dos, sur le retour. Aimer ces heures, trois, quatre heures du matin, pas plus tard parce qu’après pointe le jour et avec lui l’angoisse, pendant lesquelles nous sommes seuls ou presque. La lune rousse de la dernière fois.

Pendant la nuit, j’ai senti mon ventre grandir. Il a poussé, poussé et au réveil, c’était flagrant. « T’as le nombril qui sort. Là, il ne rentrera plus, c’est sûr ». Il est parfois des phrases mystérieuses qu’il vaut mieux ne pas essayer de comprendre.

Sourire quand il me répond, râler quand il est brusque, sourire encore quand il me chatouille juste ici, près de mon flanc. Le sentir là qui grandit, cet amour, entre mes hanches qui croît ce lien viscéral. Au milieu de mes entrailles, à l’intérieur de moi. Tout près de mon cœur de maman.