J’ai laissé les galets salés de la petite crique capicorsine, les parties de cache-cache et les fous-rires dans la piscine. J’ai laissé les heures de route, et celles à l’attendre et à m’inquiéter. J’ai laissé les réveils douloureux au milieu de la nuit. J’ai laissé les sommeils transpirants, les pipis sans tirer la chasse, les parties de Rami et celles de Trivial Pursuit en tête-à-tête avec mon beau-père. J’ai laissé les longues siestes, ma jalousie et une complicité envahissante. J’ai laissé les glaces-au-yaourt-avec-nappage-au-Nutella-Maltesers-et-Mikado. J’ai laissé une balance assez sympa, toutes sortes de salades et des essais Chantilly plus ou moins réussis, d’autres fous-rires, des regards entendus, la lutte contre les fourmis et le petit tabouret en plastique dans la baignoire. J’ai laissé les pâtes aux langoustes à tomber devant le soleil couchant, un refus au Pirate d’Erbalonga, mais un mille-feuille de veau aux châtaignes délicieux –il avait mijoté quatre heures- et un calzone Nutella-gorgonzola. J’ai laissé une belle rencontre chez Raugi puis ailleurs à Bastia, l’odeur de mon huile à paillettes, une « Tata Caro » et mon homme qui joue à 1, 2, 3 Soleil. J’ai laissé les falaises, la maison en pierres grises aux volets blancs et les longues discussions dans la voiture ou à 4 heures du matin autour d'un bol de lait. J’ai laissé l'odeur de ces petites fleurs jaunes qu'on trouve surtout en Balagne, l’accent que j’aime. Et une chanson napolitaine.

Celui que j’ai gardé, c’est toi, qui remue au creux de moi.