Poum, la nouvelle qui tombe. Le rire nerveux sur la table d’examen. Poum, le cœur qui flanche et le popotin qui balance, un peu boiteux, pour rejoindre S. dans la salle d’attente. Poum, les larmes au coin des yeux et le pouls qui s’accélère. Un voile de panique dans ses prunelles.

Tu es prêt. Tu es là. As-tu des cheveux ?

Comme il sera difficile de me séparer de mon gros ventre. Je m’amuse des regards qui glissent sur mon nombril. Au sourire des femmes qui s’attardent, je devine qu’elles aussi. Elles aussi. Elles aussi. Je me délecte de leur nostalgie. J’aime les douleurs qui irradient ma jambe gauche, de la hanche jusqu’aux chevilles, j’aime le blocage de mon dos quand il faut se relever. J’adore ne plus pouvoir me pencher ou voir S. râler quand il lace les chaussures. Mon corps, si rude avant toi, je le trouve à présent harmonieux, tout en courbes. Les rondeurs de ma vie, j’aurais du mal à les voir fondre.

J’aime moins les sentiments mitigés que je perçois au fond de lui. Je préfère quand il se radoucit et qu’il se souvient que je ne fais pas exprès d’être un peu handicapée, que c’est son fils qui grandit en moi et qui m’entrave.

Et toi, es-tu vraiment fini ? On avait encore un mois à parcourir ensemble, ma vie, toi et moi, toi dans moi, toi au creux de moi. 9 mois, c’est 9 mois.

Branle-bas de combat, vite les lessives, le lit, la crème pour les mamelons, vite les nuisettes pour la maternité, les bodys taille naissance et ceux en un mois.

Alors bien sûr, tu peux venir. Maintenant. Je t’aimerais tout pareil. Parce qu’à l’intérieur ou à l’extérieur, tu prends déjà tant de place, tu as tellement tout chamboulé.

Parce que j’aime être enceinte, mon Dieu que j’aime ça, mais toi je t’aime encore plus. Et finalement, je suis prête. Tu feras en sorte que je le sois. Je serai la plus forte pour toi, je gèrerai la douleur, les nuits qui piquent et les crises de nerf. Je n’ai pas peur.

Et puis tu sais, je les prononce de plus en plus souvent. Les quatre lettres magiques. Ton prénom sur le bout de mes lèvres.

Dans quelques heures, j’entendrai le bruit de la voiture, puis la clé qui tourne dans la serrure. Je sentirai l’odeur écoeurante de la cigarette, et je le devinerai qui se glisse sous la couette tout près de moi. Alors je pourrai dormir. Et tous les deux nous t’attendrons.