Pardon ô ma douleur, mais je crois que je vais te laisser là sur le bas-côté de ma vie. Pas tout de suite-maintenant non, mais bientôt. Je n’ai plus assez de place dans mon cœur pour tout contenir. Trop de bonheur m’arrive, bientôt Lui occupera tout, tout l’espace, et il n’est pas question qu’il se cantonne dans un coin, alors tu vois je dois lâcher du lest. Je vais me faire aider bien sûr. Par des amis bienveillants, par ma famille aimante, par un amour fidèle, par, peut-être quelqu’un que je ne connais pas encore mais qui saura m’écouter. J’attends le bon moment. Je vois la lumière.

Je touche du doigt les plaies encore un peu à vif, pas tout-à-fait cicatrisées. Elles disparaîtront, je crois. Je suis déterminée, mue par cette force incroyable. Cette certitude qu’enfin et au moins pour mon fils, je serai à la hauteur. Pas parfaite, oh non, mais je serai là. Je prendrai les bonnes décisions, je saurai ce qui est bon pour lui, et ce qui ne l’est pas. Peu importe ce qu’ils diront, je saurai. J’ai découvert mes richesses, les principes de vie que l’on m’a transmis et qu’à mon tour il faudra que je transmette à mon enfant.

Je crois que je pardonne.

C’est bientôt la fin de cette période si douce. Moi enceinte. Moi grosse mais jolie. Moi femme. Moi mère. J’ai un peu peur que mon fils me quitte. De devoir le partager. Qu’il souffre. Je sais que là, il est bien. Je veille sur lui. Si je me regarde trop longtemps dans le miroir, ou si je pense à cette séparation, je me mets à pleurer. Des larmes de crocodile, bien sûr. J’en aurai d’autres, des toutes chaudes, des qui suintent le bonheur, pour l’accueillir. Mais je dois accepter qu’il sorte de moi. Et jamais je n’aurais pensé que ce soit si difficile.

Alors je m’occupe, je choisis des petits tableaux tout doux tout beaux, où l’on peut lire « Je t’aime », « Love », des miroirs en forme de cœur. S. se moque un peu, mais peu importe. Je dis « un peu plus bas, à gauche, voilà ici, parfait ». Je veux l’emmitoufler d’amour, de confort, de moelleux, comme dans mon ventre. Je construis mon foyer.

Comment trouves-tu la chambre de ton fils ?

Trop vide. 

Laissez-le moi encore un peu. Je le fignole, mon amour.