Le délice, c’est l’attente. Le non-savoir, quelques peut-être, cet « et si ? ». Je guette le « splotch » de la poche des eaux, je traque la moindre gêne dans le bas de mon ventre. Et j’envoie chier tous les pronostics et les mythes à la con. Je me suis demandée ce qu’il pouvait bien attendre. Alors, dans le bain, on était en tête-à-ventre, je lui ai dit comme ça, que j’étais prête à le rencontrer, que c’est lui que j’aime et pas un bébé sorti droit de mon imagination ou de celle du D.A. de Parents Mag. Que je serai toujours là, à vie, et qu’on se remettra tous les deux de la séparation de nos deux corps. Qu’on apprendra à s’aimer différemment que pendant ces 9 mois fusionnels et que, juré, ce sera génial et plus que ça. C’est toi que j’aime, j’ai répété. A haute voix, et tout. C’est toi, toi que j’aime. Pas trop fort pour pas que S. entende. Mais quand même, je l’ai « mot-calisé ». Il faut qu’il le sache, qu’il est attendu, espéré, désiré. Je me réveille tous les jours à 14 heures du matin avec 7 ou 8 textos qui disent tous à peu près la même chose : le bref « alors ? », l’innocent « ça va ? », l’abrupt « tu pousses ? ».

J’ai regardé encore une fois de vieilles vidéos et j’ai pleuré. J’ai eu la certitude de l’aimer tellement si fort, encore même d’une façon que je croyais avoir oubliée. Et j’ai prié pour qu’il m’ait aimée un jour ne serait-ce qu’un peu de cette manière. Sa voix, mon Dieu, sa voix. Et ses doigts que je sens même endormie glisser sur mon ventre. 

Je crois bien que je suis heureuse. Ma mère est là, qui veille, et pour l’instant on ne se tape pas trop dessus. J’ai grandi, je crois. Même si elle me reprend encore quand, à table, je tweete un peu trop. Merde, presque 25 ans et future maman. Ca fait beaucoup d’à peu près, non ? Pas encore le quart de siècle, pas encore l’enfant. Quand je nous regarde toutes les cinq, je me dis, drôle de matriarcat. Va-t-il réussir à trouver sa place ? La réponse, je la trouve partout autour de moi. Les étincelles dans les yeux de ma mère,  le sourire dégagé mais impatient de ma grand-mère, la voix haut-perchée de ma tante quand elle s’adresse à lui, les attentions de ma sœur. Et moi, moi sa maman, je regarde un peu ahurie la grosse planète sous mon nombril. Comme du feu dans mes entrailles.