J’écoute Benjamin Biolay, grâce à elle qui me manque mais que je sais heureuse et ça me réjouit. J’ai mis du vernis rouge, mon fils dort dans son transat, et même que je ne vérifie pas toutes les cinq minutes s’il respire ou pas. J’évite toujours de le regarder dans son sommeil, surtout quand il est tout près de moi, parce qu’alors je pourrais passer des heures à le contempler, et puis après je m’en veux d’être éreintée. Surtout, si je pose mes yeux trop longtemps sur lui, je pleure. A tous les coups. Des larmes de bonheur (n’y a-t-il pas un mot plus fort ? Celui-ci me semble si fade depuis lui), des larmes de peur qu’il lui arrive malheur, des larmes de satisfaction, de fierté, d’appréhension, des larmes de vie. Il a cinq semaines et deux jours. Je ne me souviens pas pourquoi je vivais avant lui.

Il a perdu les poils qu’il avait sur les épaules, il tient quasiment sa tête. Il séduit les filles (plutôt les mères, en fait), râle, chouine, pleure, grogne, miaule. Il déteste les feux rouges et avoir le cul nu. Il n’aime pas non plus les fortes odeurs et pleure illico. Il préfère la position assise, calé sur mes genoux ou sur un oreiller. Il rote et se réveille à 3h du matin juste pour me vomir dessus. Il attend que j’ai changé sa couche pour refaire caca. Une fois, deux fois, trois fois. Il baille, avec toujours cette mine un peu blasée qu’il pique à son père.

Il dort dans son lit, maintenant. J’en ai pleuré, pas lui. Vers 9h, je vais le chercher pour la tétée, mais je le garde ensuite avec nous parce qu’il n’y a rien que je préfère au monde que partager son sommeil. Et nous passons la fin de la nuit ensemble. Sur mon ventre, ou en travers de moi, ou bien sur le lit, tous deux face à face. J’ai besoin de le sentir, de le respirer. Mon Gérard Jugnot, de dos. Mollux. Mon bébé au lait, olé. Mon tout-doux.

On le trimballe partout, au resto, faire les courses, les magasins. Il voit le monde et je crois bien qu’il lui plaît. La première fois que je l’ai mis dans l’écharpe, je me suis sentie de nouveau enceinte. Sauf qu’à présent il est de l’autre côté de mon ventre. Mais nos deux nombrils collés serrés, ma respiration calée sur la sienne, mon cœur dans son oreille, c’était encore juste lui et moi, presque lui dans moi. Je lui murmure souvent à l’oreille que son père et moi l’aimons d’un amour invincible. D’autres l’ont dit mieux que moi. « Et peu importe peu importe peu importe comment mais communiquer un peu de l'irrésistible immortel invincible inconditionnel intégralement réel pluri-émotionnel multispirituel tout-fidèle éternel amour que j'ai pour toi »

Dieu que ces mots prennent sens.

Il sourit, la vie est belle.