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Quand on met au monde un enfant, on s’engage, non seulement à le rendre heureux mais aussi à l’être soi-même. Une bonne mère, c’est pas celle qui allaite, c’est pas celle qui prépare des gâteaux de ouf, une bonne mère, c’est une mère heureuse. Moi je le fous où ce fardeau-là ? J’avais déjà supporté, de son propre aveu et même si à mon sens elle ne l’a jamais fait, qu’elle « démissionne » de son rôle de mère. Je trouve ça tellement injuste. Moi je m’accroche. Ce qu’elle a vécu étant adulte, je l’ai vécu entre 10 et 20 ans. Va te construire avec ça. Je lui en veux terriblement, de me faire jouer ce rôle de psy que j’ai du mal à assumer, alors qu’elle en a déjà vu plein des psys, hein. Mais paraît-il que je suis le meilleur. Moi les problèmes des autres me font sombrer, alors quand les autres c’est ma mère, j’ai ce rocher au fond du ventre qui m’empêche de mettre un pied devant l’autre, me donne envie de vomir et ternit les instants radieux. La mélancolie, c’est savourer sa tristesse. La complaisance dans la dépression, c’est quoi ?

Aux dépens de tout le monde, sans même s’en apercevoir, parce que tout ce qu’elle est sincèrement apte à regarder, ce sont ses propres sentiments. J’en fais quoi de ma colère, puisque je ne peux pas la retourner contre elle, puisque ce n’est pas sa faute, puisque je veux l’épargner ? Ouvre les yeux. Il a 3 mois, bientôt 4, et bientôt 20 ans. Tout passe. Elle risque de passer à côté. « Je sais ». Oui tu sais, il est bien là le souci Maman. RÉAGIS, je t’en supplie. Tu me dois bien ça, je crois. J’étais là tout le temps moi pour toi.

Et en même temps je me souviens que je l’aime, que je voudrais, mon Dieu, qu’elle soit heureuse. Je ne peux pas trop la comprendre, je suis pas tombée sur tous ces tarés. Et puis moi, ma mère elle m’aime, elle a contribué d’ailleurs à me faire mère, elle ne me suggère pas d’aller me faire enculer, elle. Je sais tout ça. Mais faire le bilan de sa vie, c’est reconnaître ses failles, regarder ses douleurs mais aussi les voir elles, Cécile et Caroline,  HEUREUSES aujourd’hui, je n’en ai aucun doute. Et en grande partie grâce à elle, le grand paradoxe hein. Et puis lui, Ange, qui a pas l’air si mal.

Elle m’encourage, me pousse, mais si elle est un formidable moteur, elle est aussi le frein le plus radical. Je vais juste arrêter de recueillir toute la faiblesse du monde parce que je n’ai pas les épaules pour la porter, et que je ne les ai jamais eues. Admettre ça, c’est un grand pas. Je ne suis plus seule, je vais me blinder et penser à moi plutôt qu’à sauver les autres. Je fuis, oui, mais pour mon bien et celui de mon fils. Je ne suis pas là pour lui rappeler sans arrêt qu’on l’aime, qu’elle est formidable, qu’elle est belle même quand elle a 2, 5 ou 25 kgs en trop. Si j’aime qu’elle « s’apprête », c’est pour me souvenir du temps où elle faisait attention à elle, où elle allait relativement bien, où elle sentait bon et voulait plaire. Où elle existait socialement. Je ne veux pas me dire qu’elle a baissé les bras. Je veux encore compter sur elle et ça passe par là, la rémission. Se re-regarder dans le miroir, se laver les cheveux, ôter ce vieux pull et mettre une robe, se maquiller les yeux.

On a toujours besoin de sa mère et je trouve la mienne extraordinaire, même si je lui reproche tout ça. Bien sûr c’est par phase mais c’est éreintant d’assister aux épisodes dépressifs, de tenter de la relever, pour qu’elle retombe 5 mètres plus loin. Qui me relève, moi ? Je ne veux plus savoir, je ne veux plus voir. Je profite juste de ces secondes de bonheur non plus à 3 mais à 4, à ces fou-rires et ces complots taquins, ces fausses bougies d’anniversaire.

Je prie que si un jour S. et moi nous séparons, et que je me retrouve seule, je continue à me défouler sur le papier, virtuel ou pas. Mon enfant je veux qu’il me voit heureuse. Et si je ne le suis pas, je ferais semblant.