Le soleil tape dans mon dos, mes ongles peints en pêche, les touches de mon clavier me brûlent les doigts, je croque dans une pomme et bientôt le temps des cerises, celles qui me font grossir tellement j’en mange, celles que je paie jusqu’à 18 euros le kilo tellement je les veux maintenant tout de suite, mon fils en lunettes de soleil et chapeau de paille ou casquette blanche, les orteils à l’air, « t’en as pas marre d’écouter Barbara ? ». Je suis comme ça, monomaniaque. La bouffe chinoise, les cerises, la bachata, les Birk, Barbara. J’aime compulsivement jusqu’à la lassitude.

Paris, enfin. On a troqué le soleil contre la bonne humeur. Le premier pas hors du métro, c’est au cœur du monde que nous atterrissons. Lors des longues balades sous la pluie, je préfère mon amour de fils contre moi, plutôt que sous un sachet plastique dans la poussette. Mille sourires et quelques verres de vin –rouge, la boisson de la maturité- et tu crois qu’on pourrait revenir vivre ici ? Pas sans soleil, je crois.

Je me demande comment deux personnes à l’exact opposé l’une de l’autre peuvent vivre ensemble, j’aime la lumière et lui l’ombre, j’ouvre les fenêtres il les ferme, je préfère étendre le linge lui le détendre, je ne pourrais vivre sans la mer, il ne jure que par la rivière, il augmente le chauffage je l’éteins, j’aime les gens il est asocial, la parole contre le silence, les mots contre la musique. Le jour et la nuit, oui. Les accès de bonheur que j’éprouve en étant là, dans la rame de métro, ou dans le « tigrappartement », ou au milieu des poissons, ou chez Dali, avec tous les deux, me fait dire que tout n’est pas fini. Mais bientôt la sérénité cède le pas à la routine, l’ennui, l’exaspération. Pourtant à 3 heures du matin j’ai toujours besoin de me blottir contre lui. Tout n’est pas fini, mais je baisse les bras.

Il s’est réveillé cette nuit-là, je suis allée dans sa chambre, je l’ai pris dans mes bras et nous nous sommes installés sur le fauteuil à bascule. Il s’est dépêché de téter, sa bouche et mon sein comme deux aimants. J’ai posé mon nez sur sa tête, j’ai senti les toutes petites perles de transpiration dans ses cheveux – cette odeur…- et j’ai pleuré doucement. Un peu par lassitude (donc), un peu de bonheur. Je me suis dit qu’après nous le déluge, et qu’est-ce que j’en ai à foutre de tout le reste, pourvu que sa main cherche encore la mienne quand il tète, pourvu que son souffle continue de réchauffer mon cou quand il est endormi.